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L'ETOILE CONTRE LA CROIX


18.06.2009

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LA TEMPETE APAISEE ?

- L'étoile contre la croix: Après Hanoï, la municipalité de Saïgon cherche à déplacer une église et un couvent de sœurs. - Arrestation le 13/6/09 de l’avocat catholique Lê Công Dinh : réprobation quasi unanime à l’intérieur et à l’extérieur du Vietnam.

  
Eglise de Thu-Thiem, vu du côté de la rivière de Saïgon.
Cliquer pour agrandir

 
Les autorités municipales d’un quartier de Saigon
ont l’intention de déplacer un couvent de religieuses et une église
datant d’un siècle et demi.
Sources : Eglises d’Asie et VietCatholic News (16 Jun 2009 17:33)
 
 
Situé dans le deuxième arrondissement de Hô Chi Minh-Ville, au-delà de la rivière de Saigon, le quartier de Thu Thiêm abrite depuis la moitié du XIXème siècle une communauté chrétienne qui fut la première occupante des lieux. Elle y éleva une église, qui vient de fêter son 150ème anniversaire. Les religieuses de la congrégation des Amantes de la Croix (de Thu Thiêm) y sont installées depuis 1840. Le 11 juin dernier, les religieuses ainsi que le prêtre responsable de la paroisse ont été convoqués par les autorités municipales qui leur ont fait part de leur volonté de déplacer aussi bien le couvent des religieuses que l’église paroissiale pour des raisons d’urbanisation. L’annonce de cette décision a profondément choqué le curé de la paroisse comme les religieuses. Ils sont aujourd’hui résolus à ne point accepter ce projet qu’ils estiment unilatéral et arbitraire.

Depuis près de 170 ans, pour le service de l’Eglise et des pauvres, les religieuses, après avoir défriché la forêt, ont édifié là leur couvent et les diverses constructions abritant leurs œuvres. En 1975, dès son arrivée à Saigon, le nouveau pouvoir leur avait confisqué 100 ha de terrain ainsi que les écoles primaires et secondaires. Sur le restant de la propriété (environ 3 ha et demi), les religieuses s’étaient organisées à nouveau. C’est là que se trouve aujourd’hui le siège de leur congrégation, avec les diverses maisons de formation abritant quelque 300 religieuses, la maison de retraite pour les sœurs âgées, les classes maternelles pour plus de 350 enfants, un dispensaire, un atelier de couture ainsi que la chapelle et le cimetière plus que centenaire.

Il y a seulement trois mois, les religieuses ont appris que, selon le projet gouvernemental, elles devraient quitter les lieux pour laisser la place à la réalisation d’un projet d’urbanisation, ancien de dix ans. Le 11 juin dernier, elles ont été convoquées par le Comité populaire du quartier Thu Thiêm pour des « négociations » relatives aux au déplacement de leur couvent. Une vingtaine de religieuses se sont rendues au siège du comité où les responsables civils leur ont signifié leur expulsion et fait miroiter les beautés du nouveau lieu d’habitation qui leur était attribué. Les religieuses ont vigoureusement protesté et déclaré qu’elles ne quitteraient à aucun prix leur actuelle résidence.

A la même époque, le prêtre chargé de la paroisse de Thu Thiêm, a, lui aussi, reçu une invitation du même type pour « des négociations concernant le déplacement du lieu de culte ». A la réception de cette invitation, le prêtre a fait savoir que l’église avait été construite et avait subsisté sous la protection de la loi de tous les régimes successifs et qu’il n’était pas question de la déplacer. Le 11 juin, il s’est contenté d’envoyer un de ses fidèles au rendez-vous fixé par les autorités. Celles-ci n’ont pas accepté de négocier avec un représentant du curé de la paroisse et ont envoyé à ce dernier une seconde invitation pour la matinée du 16 juin.

Ce conflit entre les autorités municipales et les responsables religieux se produit dans le cadre de la mise en œuvre d’un projet de cité nouvelle au-delà de la rivière Saigon. Le projet, déjà très ancien, a été remis à l’ordre du jour très récemment.

 


AVOCAT CATHOLIQUE ARRETE.

Après l’arrestation de l’avocat catholique Lê Công Dinh, les réactions de réprobation, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, sont quasi unanimes

(Dépêche de Eglises d'Asie) 


Le 13 juin 2009, la Sécurité vietnamienne a arrêté l’un des plus célèbres avocats du Vietnam, Me Lê Công Dinh, pour diffusion de propagande antigouvernementale et collusion avec des groupes étrangers. Dans la presse nationale aussi bien qu’étrangère, sur les blogs et les sites de la diaspora, les articles se sont multipliés à son sujet. Certaines informations ont fait état de détails de la vie privée de l’avocat : son mariage avec Miss Vietnam, son appartenance religieuse – il est en effet de religion catholique et porte le nom de Dominique. On a aussi mentionné qu’il faisait parti de cette génération d’avocats formés au Vietnam depuis la fin des années 1980 après que l’enseignement du droit, supprimé des universités pendant quelques années après la mise en place du nouveau régime, eut été rétabli. Ce sont eux qui, aujourd’hui, forment, le gros de la troupe des militants pro-démocratiques du pays. Lui-même a poursuivi ses études de droit en France et aux Etats-Unis.
 
Si la presse officielle s’est contentée de reprendre et de commenter l’acte officiel d’accusation contre l’avocat et de recueillir des témoignages apparemment « scandalisés » de citoyens vietnamiens (1), la presse, les sites Internet, les organisations humanitaires installées à l’étranger lui ont largement accordé leur soutien. Des communiqués de protestation ont été publiés par les principales organisations internationales des droits de l’homme comme Human Rights Watch, Amnesty International, Reporters sans frontières, etc. Le 16 juin, un communiqué des Affaires étrangères américaines demandait la libération immédiate et sans condition de Me Lê Công Dinh. Le poids de ces réactions internationales a été tel que le porte-parole des Affaires étrangères vietnamiennes, dans une déclaration à la presse internationale, le 17 juin, s’est vu obligé de justifier publiquement l’intervention gouvernementale : « L’arrestation de Lê Công Dinh s’est déroulée selon les dispositions de la loi vietnamienne, a-t-il dit. L’avocat a enfreint la loi vietnamienne et s’est associé à un certain nombre d’éléments étrangers pour agir contre l’Etat vietnamien. »
 
L’avocat a été arrêté, le samedi 13 juin 2009, chez lui, dans le quartier de My Khang, VIIème arrondissement de Saigon. Les journaux vietnamiens, qui ont annoncé la nouvelle le jour même et l’ont commenté le jour suivant, ont précisé qu’il était coupable de propagande déformant la législation du pays et d’association avec des forces réactionnaires résidant à l’étranger (Công An Nhân Dân). Le ministère de la Sécurité a précisé que si l’avocat avait été arrêté « en urgence », c’est à cause de ses rapports étroits avec de nombreuses organisations et éléments complotant depuis l’étranger pour faire éclater des troubles à l’intérieur du pays et renverser le pouvoir populaire. Des fonctionnaires de la Sécurité gouvernementale ont même donné avec précision un certain nombre de noms d’organisations et de personnalités avec lesquelles l’avocat aurait été en relation. C’est à travers tout ce réseau, que, selon le Saigon Giai Phong, l’avocat aurait fait circuler des documents calomnieux et mensongers à l’égard du gouvernement. Il a diffusé des circulaires portant sur des questions sensibles, comme l’exploitation de la bauxite, ou encore la souveraineté vietnamienne sur les archipels contestés des Spratly et des Paracel. Il aurait ainsi acquis un très grand renom à l’étranger où il a été invité plusieurs fois à des cessions de formation à l’action non violente. L’édition du 17 juin du Saigon Giai Phong prévoit que, pour toutes ces infractions, le ministère public pourrait requérir contre l’avocat une peine allant de trois à vingt ans de prison.
 
A l’étranger, les articles de presse favorable à l’avocat ont fait valoir sans peine la faiblesse des raisons invoquées pour justifier l’arrestation de Me Lê Công Dinh. On a en particulier souligné que celui-ci, en tant qu’avocat, avait parfaitement le droit d’exprimer publiquement ses conceptions et ses prises de position. Par ailleurs, au même titre, il ne pouvait être sanctionné pour avoir défendu et soutenu des clients, même dissidents, venus recourir à ses services.
 
(1)           Voir par exemple le Saigon Giai Phong du 14 juin 2009.




Sources: Eglises d'Asie.

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